“On a coutume de dire que la vie est dure…”

“…moi je m’bats pour le futur, quelle aventure.”

Je vous avais donné rendez-vous dans une semaine, et me voilà, cherchant par où commencer presque deux mois plus tard… Beaucoup de choses se sont passées, beaucoup de jours où je me suis dite… le blog? J’écrirai demain!

” J’ai perdu le fil et je ne suis plus dans le rythme… ”

Avant de vous raconter les quelques expériences que j’ai faites de la nightlife new yorkaise, de Mr. Darkness, Mr. D et de vous donner des nouvelles de Mister Flower Bomb, il faut que je vous parle du gros trou noir que je viens de traverser.

Ces dernières semaines, j’ai du répéter une bonne trentaine de fois “New York is one tough city!”.

NYC, une vraie jungle. Je m’attendais à trimer en venant ici, à pleurer et à ce que Paris me manque cruellement. Je n’avais pas tort.

New York m’a dit “Jeune femme noire de 25 ans, sans le sou, la tête pleine de rêves et le coeur trop perméable… espèce de petite naïve! Tu te crois où?”

New York City m’a mis un gros coup de pression. Elle a voulu qu’on se tape. Moi, je ne voulais pas me bagarrer, je voulais juste qu’elle m’accepte et me donne ma chance. New York pensait m’avoir à l’usure. Elle m’a soûlée, brutalisée, ignorée. Elle s’est même moquée de moi.

Son entreprise presque diabolique aurait pu fonctionner. Mais voilà, NYC ne savait pas que sous mes aires de fille gentille et fragile se cache une vraie aventurière et que derrière cette aventurière se tient toute une armée de soldates… Mon “support system”, comme on dit ici. Mes soldates, c’est comme ça que j’appelle les personnes qui m’ont soutenue pendant mes moments les plus sombres ici (ma Petite Maman, ma Doris, ma big sis, Kiss, Edmée, Laura, Corinnette, Christiane…).

Je n’étais pas venue ici passivement, mais pacifiquement. Je me suis rendue compte qu’à NYC, il ne faut pas frapper aux portes, il faut les défoncer à coups de pieds. Mais moi, vous voyez, je suis plutôt du genre timide. Je suis de celles qui laissent passer les autres devant elles, qui leur tiennent la porte, qui laissent leur place dans le métro.

Pour tout vous dire, les semaines passaient et se ressemblaient… toujours pas de travail à l’horizon. Je me décourageais, je pleurais, je me reprenais, je me remettais à pleurer. Je désespérais et puis je me posais un tas de questions.

J’ai cherché partout et même demandé de l’aide, chose que je déteste! Mais rien, toujours rien.

Un premier faux espoir

Je m’étais inscrite sur un site d’annonces de gardes d’enfants dans l’espoir de trouver une famille cherchant une nanny ou baby-sitter francophone. La garde d’enfants est assez bien rémunérée bien ici. Il est courant de trouver un job qui paie entre 15 et 20 dollars/heure…

Début février, une certaine Alexis me contacte. Elle cherchait une baby-sitter française pour son fils de 11 ans. Elle m’envoie un premier mail que j’ignore (par flemme, par intuition…) , puis un deuxième. Je me décide finalement à lui répondre. Au cours de notre première conversation téléphonique, elle me précise qu’elle a besoin d’une personne à temps partiel, que son mari et elle ont beaucoup aimé mon profil et qu’ils voudraient absolument travailler avec moi. Alexis me dit chercher quelqu’un qui resterait sur du long terme car son fils a déjà beaucoup enduré avec le divorce de ses parents, qu’elle ne veut pas le déstabiliser. De plus, elle a un bébé “qui arrive” en août. Elle m’explique qu’elle a déjà fait 7 ou 9 fausses couches et qu’elle a fait appel à une mère porteuse, qu’au mois d’août, elle aura plus d’heures à me donner. L’idiote trop droite que je suis refuse son offre en lui disant que je cherche un temps plein et que je ne voudrais pas accepter et les laisser tomber quelques semaines plus tard. On décide toutefois de se rencontrer et voir si l’on peut trouver une autre solution, comme donner quelques heures de français au petit le week-end.

Quelques minutes plus tard, Alexis me rappelle et me propose de me donner plus d’heures afin de transformer le temps partiel en temps plein, à condition que je veuille bien lui filer un coup de main pour ses courses et quelques tâches ménagères. Pour 15 dollars de l’heure, j’accepte et nous nous donnons rendez-vous pour un entretien.

Le jour du rendez-vous, je me rends à leur appartement situé dans l’Upper East Side. Immeuble cossu, un doorman à l’entrée et même un employé barbu habillé à l’ancienne dans l’ascenseur qui vous mène à l’étage où vous souhaitez monter. Alexis m’accueille à la porte de leur appartement. Je l’imaginais plus vieille, les cheveux sales et grisonnants, en surpoids. Je me retrouvais devant une femme menue, blonde et coquette, toute excitée, très speed (sous coke?!). J’enlève mes chaussures pour ne pas salir le parquet ciré à la mort. Elle me fait faire un tour de l’appartement – immense. Elle m’explique en même temps comment les choses se passeront. J’étais assez surprise, moi qui pensais que c’était un simple entretien… il semblait que tout était déjà conclu.

Elle me montre sa chambre, son bureau avec deux iMac…(!!), ses nombreux placards. Elle a été particulièrement fière lorsqu’elle a ouvert son placard à chaussures qui devait bien contenir une quinzaine de paires de Louboutin. Je suis rarement impressionnée par le luxe mais moi, les chaussures, j’aime. Ma réaction a été physique! J’ai poussé un petit cri étouffé, et elle, elle a gloussé. Regarde petite Noire, t’as vu tout ce que j’ai… hihihi! Ensuite, elle m’a montré un autre placard, celui qui cachait leur coffre fort. Je ne me l’explique pas, mais ça m’a mise mal à l’aise.

Nous nous sommes assises dans un de leurs salons, et Alexis s’est mise à blablablabla, m’expliquant ce qu’elle voulait, ce qu’elle voulait pas, me disant combien elle était impatiente que je commence, m’expliquant la pression qu’endure son fils dans son école privée et hors de prix, me redisant combien elle était impatiente que je commence, ainsi de suite. Plus tard, son mari est rentré et s’est joint à nous. Un type qui m’a semblé plutôt cool et sympa pour un mec de la finance, de la banque ou je ne sais quoi.

C’était un vendredi soir. On s’est dit au revoir. Je devais commencer le mardi matin suivant. Le lundi soir à 21h30, je recevais un mail de cette &#@{# d’Alexis qui me remerciait de les avoir rencontrés mais que le temps plein, ça n’allait pas le faire, qu’ils avaient trop de choses en cours. Non vraiment ça ne pouvait pas le faire. Ils avaient trop de “balls in the air”. Moi, j’ai plutôt trouvé qu’ils leur manqué des balls justement, pour qu’ils m’annoncent ça de la sorte.

Aaaaaah &#@è!!#”!! Quelle &#@{#!!

J’étais tellement en colère. Je n’avais rien demandé à ces gens! Elle avait eu tout un week-end et même plus pour me téléphoner et me le dire. Non au lieu de ça, elle m’a envoyé un mail comme une grosse lâche! J’ai attendu quelques jours avant de lui répondre. Je voulais tellement l’insulter. Non pas que le job était celui de mes rêves, mais j’avais déjà commencé à faire des projets sur mes prochaines paies! J’étais même restée à la maison pour me coucher tôt alors que j’avais une copine de passage et un rdv galant potentiel!

A la fin de la semaine, je lui ai finalement envoyé un mail pour lui dire qu’elle n’avait eu aucune considération à mon égard, que les gens n’étaient pas à sa disposition, qu’elle aurait au moins pu avoir la décence de me téléphoner et que j’espérais qu’elle trouverait quelqu’un qui serait plus professionnel qu’elle et qui ne la laisserait pas tomber à la dernière minute… Je n’ai jamais eu de retour.

J’ai rencontré une autre femme riche, productrice tv qui avait adopté un petit Ethiopien et qui cherchait une nanny, à temps vraiment très plein. Bah oui, elle avait adopté un enfant pour le faire élever par quelqu’un d’autre… évident, non? Elle devait rencontré plusieurs personnes et nous recontacter la semaine suivante. Je n’ai jamais eu de retour non plus…

Ah ces gens riches… aucun respect pour le précieux temps des petits pauvres!

Tout ça m’a un peu abattue pour un moment. J’en avais marre. Mes mails et mes coups de fil de déprimée à mes proches se faisaient de plus en plus nombreux. Et mon support system, plus présent et encourageant que jamais!

Je continuais mes recherches de boulot tant bien que mal. Je remettais aussi en question ma méthode. Jusqu’à lors, j’envoyais des candidatures par internet, je répondais à des offres qui me paraissaient adaptées à mon expérience et/ou mes diplômes. Mais rien. Ça ne mordait pas.

Et puis la mauvaise nouvelle…

Mi-février, l’ami chez lequel je logeais m’a annoncé qu’il allait devoir quitter NYC pour un moment et qu’il allait mettre son appartement en sous location. Je n’avais pas les moyens de reprendre cet appart et payer son loyer et ses factures… Je devais donc trouver une solution.

Tous les sentiments se mélangeaient en moi, désespoir, déception, inquiétude, fatalisme et puis je me disais que non, ça irait. Dans le pire des cas, j’aurais l’immense plaisir de rentrer à Paris pendant un moment et revenir après. Et puis non, si je rentrais à Paris, c’était comme abandonner le combat. Et puis si, peut-être que j’étais punie pour ses années d’entêtement à vouloir venir voir si l’herbe était plus verte ici. Et puis non, il ne fallait pas abandonner ; si ça devenait si compliqué c’est parce que j’étais tout près du but.

J’étais fatiguée, je n’en pouvais plus de la précarité, du poids des doutes, de l’inquiétude. Je rêvais d’un retour anticipé à Paris où je descendais de l’avion, que vous m’attendiez tous sur le tarmac le doigt pointé vers moi et vous vous moquiez de mon échec! C’est tragique dit comme ça, mais c’était plutôt drôle comme rêve.

Parmi les quelques personnes qui étaient au courant de ma situation, certaines ont essayé de trouver une solution pour moi. On a voulu que je parte pour une autre ville, que je fasse ceci ou cela, que je me lance dans des études d’infirmière, que je bosse dans le métro… Mais non, il y a un moment où j’ai réalisé que je devais rester à New York et m’imposer, m’accrocher à mes objectifs. Il fallait juste que je trouve un toit, vite.

J’avais moins de deux semaines et quelques centaines de dollars en poche. Les choses s’annonçaient compliquées.

Et puis un jour je me suis connectée sur site de locations de chambres chez l’habitant. J’y trouve une annonce de location dans un loft à Brooklyn pour la modique somme de 10 dollars par nuit, à condition de réserver pour au moins 30 nuits. C’était inespéré! Enfin une solution pas chère que je pouvais m’offrir. Une solution toutefois un peu pourrie puisqu’il s’agit d’un lit dans un dortoir de filles, pouvant accueillir 4 personnes à la fois. Mais bon, c’était mieux que de partager un carton avec les crackheads de New York.

Après quelques échanges un peu compliqués avec l’hôte qui ne comprenait pas l’objet de ma demande puisque je n’étais clairement pas une touriste, il pré-approuvait ma réservation. Sachant que le solde de mon compte bancaire américain ne me permettait pas de payer la totalité de la somme, je comptais sur mon compte français. J’effectuais donc ma réservation quand… paiement refusé, paiement refusé, paiement refusé. Impossible également d’en retirer des sous. Je n’avais que cet après-midi pour payer ma réservation au risque de perdre ma place. Il me restait un peu d’espèces, je courrais donc en ville, je les déposais alors sur mon compte américain et malgré ça, il me manquait toujours 45 dollars pour pouvoir faire le paiement de la chambre. Je ne savais pas quoi faire. Il était trop tard pour appeler ma banque en France, trop tard pour demander à la famille de m’envoyer des sous.

Je marchais dans les rues downtown, le cerveau en ébullition. Je crois même que de la fumée sortais par mes narines. Où allais-je trouver ces fichus 45 dollars?!

Ce jour là, j’avais aussi rendez-vous dans la soirée avec une famille qui cherchait une nanny française pour leur bébé. Je n’avais pas trouvé de solution et me rendais à l’entretien.

Sur place, la maman me propose alors de rester avec le bébé le soir même puisqu’elle devait aller à un concert et que son petit-ami qui n’était pas le père de l’enfant aurait sûrement des choses à faire de son côté. On a passé 45 min à discuter, brièvement puis ils sont partis me laissant le gamin. Ils ne savaient de moi que mon prénom. Quelle folie! J’aurais pu être une psychopathe, une criminelle… et ils m’ont laissé l’enfant sans rien demander.

Je devais attendre le retour du petit-ami pour partir. Je ne savais pas combien de temps cela prendrait. On s’était mises d’accord sur une paie de 15 dollars de l’heure. Le petit était absolument mignon. Calme, intelligent, tout bouboule et trop chou.

Le petit-ami est rentré au bout de 3 heures… Il me devait donc 45 dollars!!! 45 dollars!!! Il avait en tout 46 dollars dans son porte-monnaie. Il m’a fait cadeau d’un dollar supplémentaire… Un dollar providentiel puisqu’il m’a permise de payer une partie de mon ticket de métro.

J’ai filé à la banque, déposé les 45 dollars sur mon compte, suis rentrée et ai réservé ma chambre.

Certains diront que c’était un heureux hasard, d’autres que je suis chanceuse… Je dirais que je suis protégée, bénie et qu’on veille sur moi tout là-haut.

Cette famille devait me recontacter après avoir viré leur nanny actuelle. Ils ne l’ont jamais fait…

Et vous savez quoi? Je ne leur en veux même pas.

J’ai compris qu’il ne fallait pas que je m’en fasse et que tout a une logique. Tout irait pour le mieux, je devais juste être patiente.

A l’heure où je vous écris, je vis dans le loft à Brooklyn. L’hôte est un vrai taré, les conditions de vie pas géniales du tout. Mais je ris, j’en ris. Et j’ai tellement d’anecdotes à vous raconter. Je vais me rattraper… Travail, soirées, les mecs, tout ça, tout ça… Je suis d’humeur bloggueuse et surtour blagueuse. Et puis, j’ai enfin un chargeur et je peux utiliser mon netbook qui a fait le tour du monde et qui rame comme pas possible!

Au fait, ça y est, j’ai trouvé du travail… La bonne nouvelle est tombée hier. 🙂

Il faisait beau, le soleil brillait. J’ai fêté ça seule, avec un Jalapeño sandwich acheté chez Subway, sur un banc dans Central Park au coucher du soleil.

 

.Brooklynister

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