Bienvenue à Brooklyn : John, Ce grand fou!

Ces dernières semaines ont été tellement mouvementées que je vais essayer de me rattraper en parlant de tout ce qui s’est passé de la façon la plus cohérente possible…

Commençons par mon déménagement du Queens vers Brooklyn… J’avais trouvé une annonce sur un site qui répertorie des chambres chez l’habitant. Mon budget étant très serré et 6 mois sans travailler n’aidant pas, mes options étaient limitées. Et puis, je suis tombée sur une offre aussi inespérée que désespérante. Un hôte, propriétaire d’un loft à Crown Heights, avait des lits disponibles dans une chambre dortoir pouvant accueillir 4 filles au tarif défiant toute concurrence de 10 dollars par nuit!

J’ai donc réservé pour un mois.

Le jour de mon arrivée, un soir de pluie battante, l’hôte m’accueille à la porte. Un homme de forte corpulence mais assez petit, à peu près 1m65, des cheveux longs, ondulés et grisonnants, les dents complètement abîmées. Sa denture ressemblait à une barre de nougats. Il avait des dents fourrées au chocolat. Il portait des lunettes énormes et ses pupilles étaient jaunes. Le loft sentait le tabac froid. Il m’a expliqué que j’allais loger dans une meilleure chambre pour une dizaine de jour parce qu’il y avait un changement de programme et puis il a grommelé quelque chose que je n’ai pas bien compris…

Il m’a informé qu’une autre jeune femme occuperait la chambre et qu’elle arriverait le lendemain. Une seule voisine de chambre, c’était toujours mieux que 3.

Je me sentais assez triste. L’appartement dans le Queens était si propre et si chaleureux comparé à ce grand loft austère et puant. J’irais de surprises en mauvaises surprises dans ce maudit loft…

J’ai défait ma valise et me suis couchée avec pour seule protection contre le froid un drap qui devait mesurer 1m32 sur 1m69,4 et une couverture en mousse bizarre. J’avais froid! J’ai enfilé 3 paires de leggings et me suis recouchée!

Au petit matin, vers 5h, j’ai été réveillée par la voix de l’hôte qui vociférait « YOU SON OF A BITCH! YOU SON OF A FUCKIN BITCH! SON OF A BBBBBITCH! ».

Sa respiration était bruyante. Et puis, il se calmait et se parlait à lui-même « Calm down, calm down, calm the fuck down, calm down…SON OF A BBBBBITCH! » et reprenait de plus belle. J’avais envie de pleurer, d’appeler ma maman.

Mais où est-ce que j’étais bien tombée?!

Le lendemain, quand j’ai vu le loft à la lumière du jour, j’ai bien cru que je frôlais la dépression. John, l’hôte, avait vraiment retapé et rempli ce loft industriel de ses propres mains ; meubles en bois récupéré, murs en placo, sol en ciment, une sorte de buanderie avec une cabine de douche dégueulasse où les habitants ne prenaient pas la peine de ramasser leurs cheveux et dans laquelle je retrouvais souvent des objets collants non identifiés, de l’eau stagnante et puante, une serpillière qui devait abriter le virus du choléra, le frigo dans cette buanderie, juste en face de la douche dont le rideau troué devait avoir 48 ans d’âge.

Le loft était même situé en face d’une décharge publique! Et en bas, il y avait un garage où des thugs passaient la journée à tuner leurs voitures.

Là, je n’avais pas d’autres choix que de mettre en place un kit de survie et m’adapter à ce nouvel environnement hostile.

Je me lavais avec des sandales, essayant de ne frôler ni les parois de la cabine de douche ; ni son rideau. Prendre ma douche était un rituel devenu très compliqué. Je ne savais jamais où poser ma serviette et mes vêtements.

Je m’arrangeais toujours pour aller aux toilettes à l’extérieur. Je ne mangeais rien dans cet endroit.

J’évitais John comme la peste parce qu’un jour il m’était « tombée dessus » et s’était mis à parler, longtemps, longtemps…

Il m’avait raconté qu’un Erithréen qui vivait là et qu’il avait viré lui avait volé des casseroles….des casseroles…voler…des…casseroles. C’était lui qu’il insultait de « Son of a BBBBitch » ce fameux matin. Et puis, il me parlait d’un grand Italien qu’il avait aussi viré et qui l’avait menacé.

John parlait toujours des gens en mentionnant leur nationalité et en disant, « ils ne peuvent rien faire, ici on est à New York et tu sais comment on traite les étrangers ? Tu sais comment la justice traite les étrangers? Regarde ce qu’ils ont fait à Strauss Khan… ».

John est un personnage assez complexe, il insulte tout le monde, il n’aime pas les Français. Un jour il a viré des petits Français qui venaient d’arriver chez lui. Je l’entendais crier « Fuckin French, White trash, Fuckin Jewish kids! ». Je précise que John est lui-même juif.

John est un marchand de sommeil. Il loue des chambres dégueulasses dans un endroit sale et sans confort et en plus de ça, il déteste qu ‘on lui demande quoi que ce soit, qu’on lui tienne tête, qu’on le contredise… John veut être un hôte pour se faire beaucoup de thunes mais l’hospitalité est bien la dernière de ses qualités!

John est aussi le genre de personnes qui soudoie ses locataires pour recevoir des notes positives sur le site internet où il est répertorié.

J’avais aussi envie de tuer ses chats qu’il gardait enfermés dans sa chambre 20h sur 24 et qui miaulaient comme des bébés toute la nuit, toute la journée! Je voulais les étrangler ces deux-là.

Un jour, alors que je prenais mon temps pour me préparer et sortir, j’ai entendu des bruits dans la salle commune/cuisine/bidonville. J’en ai déduit que John faisait à manger, qu’il faisait du pop corn.

Au moment de sortir de la chambre, une fumée épaisse avait envahi le bidonville. Deux casseroles étaient en train de brûler. Personne!! Je suis donc vite allée les retirer de la cuisinière. J’avais peur qu’elles ne m’explosent au visage.

Le lendemain en rentrant (oui le lendemain, ahaha), j’ai raconté cet incident à ma voisine de chambre, une espagnole avec un accent trop mignon. Elle avait du mal à prononcer le son « sh » et disait souvent « I thinkè I sould go ». On parlait des risques que nous faisait courir John dans son loft. Et puis, elle m’a dit « S’il y a un incendie, comment on sort d’ici? » et je lui ai répondu « Je sais pas, on saute par le balcon ». Et John dont la chambre était attenante à la nôtre s’est mis à crier « ARE YOU OUT OF YOUR MIIIIND? ARE YOU OUT OF YOUR MIIIIND? ARE YOU FUCKIN OUT OF YOUR MIND?! ». Oh il était fâché John. J’avais envie d’éclater de rires…

Et puis, finalement l’Espagnole est partie. J’ai dû changer de chambre et rejoindre le fameux dortoir.

Les lits superposés avaient aussi été construits par John. Il me fallait monter sur une échelle super perpendiculaire. Une vraie escalade pour arriver sur mon lit.

A ce moment là, il y avait deux filles déjà présentes depuis deux semaines dans cette chambre. Mais bon, étant du genre un peu sauvage et elles du genre un peu pestes, nos chemins ne s’étaient jamais croisés dans le bidonville. Il y avait une jeune Iranienne qui avait fuit la maison familiale, elle bouffait des chips sans arrêt et ronflait fort la nuit.

Et puis, il y avait une fille qui lisait tout le temps des livres sur la méditation, le yoga, elle faisait brûler de la sauge pour chasser les ondes négatives. Elle aurait bien fait de commencer par se chasser elle-même. Elle n’avait même pas besoin d’ouvrir la bouche pour être désagréable celle-la! Une frustrée pour qui le yoga n’était pas très bénéfique. Ses mimiques me faisaient penser à Annette de « Premiers baiser ». Sauf qu’Annette, elle, était sympa.

Et puis est arrivée une petite Suédoise, toute blonde, toute jolie, toute effrayée! Ahaha

Elle avait abandonné sa chambre single pour le dortoir parce qu’elle ne supportait pas l’absence de fenêtre. Ah oui, parce que, les chambres chez John, sauf le dortoir, n’ont pas de fenêtre…

La petite suédoise déprimée, m’a suppliée tous les jours de l’aider à trouver un endroit ou de la laisser vivre avec moi là où j’allais…

Oui, car au bout de 2 semaines et demi, je m’en allais… J’avais trouvé une autre solution. Je ne demandais même pas le remboursement des dernières nuits. Je ne me retournerais même pas. Adieux Crown Heigts, quartier de m-bip-rde.

C’est aussi à ce moment là que j’ai commencé à bosser…

La suite, au prochain article. Je vous raconterai comment se sont réveillés les petits papillons qui dormaient dans mon ventre et pourquoi je ne peux plus décoller ce sourire niais de mon visage… 🙂  Et puis dans l’article suivant, je vous dirai tout, tout sur mes débuts dans le monde de l’entreprise américaine.

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Bravo John!

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