J’ai perdu…

Il y a des jours comme ça où tout ne va pas pour le mieux, il y a des jours où…

Ce matin, je me suis réveillée difficilement. J’étais fatiguée. Je n’avais vraiment pas envie d’aller travailler, la première fois en 1 mois et demi. Malgré tout, j’ai fait l’effort de me lever et de ne pas repousser mon réveil de dix minutes à plusieurs reprises. Je me suis dépêchée de me préparer. Ça fait maintenant 2 semaines que je n’arrive plus à l’heure.

J’ai réussi l’exploit de me faire un café au lait et me préparer assez rapidement pour partir relativement à l’heure. Au moment de quitter la maison, j’ai voulu jeter un coup d’œil dans le miroir pour m’assurer que j’avais quand même une apparence humaine… mais mon reflet m’a fait la nique et il me faisait plus penser à Hulk qu’à Miss Monde qui se serait levée du mauvais pied et qui aurait chopé un œdème pendant la nuit. Mon nouveau gommage avait agressé ma peau au point qu’elle en était archi sèche et mes sourcils avaient bien besoin d’un coup de tondeuse.

Tant pis, de toute façon l’anonymat dans lequel nous plonge NYC me permettrait d’assumer ma mocheté du jour.

Pour une fois que j’avais quitté la maison à l’heure, le métro m’a mise en retard.

Je suis allée travailler. Ma journée a été plutôt bonne.

Le soir, j’avais quelques courses à faire, de la 23ème rue, à Herald Square puis Fulton St. à Brooklyn.

En allant à Fulton St., dans le métro, il y avait un jeune homme qui avait l’allure de ce qu’on appelle chez nous un blédard. Il portait un jogging en coton bleu marine avec écrit sur le long de la jambe gauche « Hollister ». Son jogging était fatigué, il avait pris la forme des genoux et il était devenu bleu clair au niveau des fesses.

Le blédard portait une veste en faux cuir et un sweat-shirt rouge à capuche en dessous. Il avait autour du cou deux grosses ceintures décorées entièrement de strass et de pins, l’une dorée et l’autre argentée. Il écoutait de la musique et faisait des petits pas de danse pendant tout le trajet. De temps en temps, il donnait des coups de reins en avant. Et moi, je twittais sur cette scène dérangeante.

Puis à moment, le blédard s’est mis à rapper en répétant « Moi, président »… non, je plaisante. Il répétait «That’s my ho, that’s my ho ». Une mama qui était assise à côté de lui, certainement choquée, lui a lancé un regard en faisant la grimace. Elle devait se demander s’il était fou. Nos regards se sont croisés et on a toutes les deux éclaté de rire. Le blédard nous a regardé, il n’avait pas l’air très content.

Le métro arrivait à Jay Street-Metrotech, je suis descendue. Je me suis dirigée vers le magasin où je voulais faire quelques achats, il était fermé. Quelle poisse! J’étais déjà dans un mood un peu tristoune avec cette pluie fine et vicieuse qui tombait de ce ciel gris et menaçant…

Je suis alors repartie vers le métro, ai descendu les marches. Je suis descendue sur le quai. J’étais sur le mauvais quai. Il a fallu que je remonte les escaliers. J’étais essoufflée et je m’en voulais de ne pas avoir fréquenté la salle de sport dernièrement et d’avoir mangé trois boîtes de brownies en l’espace de 3 semaines. Non mais.. trois grosses boîtes!

Je me suis dirigée vers le bon quai, j’ai descendu les escaliers. J’avançais nonchalamment sur le quai avec mon air le plus désabusé et très certainement avec ma face de renoie fâchée. Cette tête, je l’ai même quand je ne suis pas fâchée; à bon entendeur, c’est ainsi qu’est fait mon visage.

J’avançais donc avec mes bottines compensées moches de 3 ans d’âge quand j’aperçois ce visage familier à 3 mètres de moi. Un corps familier, adossé contre un des poteaux. Quelle vision d’horreur. J’ai voulu demandé au Seigneur pourquoi il me faisait ça, et puis je me suis dit que la prochaine fois, je ferais mieux de ne pas me moquer des blédards avec des ceintures autour du cou dans le métro.

L’autre était donc là, à quelques pas. Nous ne nous étions pas vus depuis 3 mois! Silence radio.

Je crois que mon visage n’a pu trahir ma surprise, mauvaise surprise de revoir, au moment où je m’y attendais le moins,… le Suppo de la Reine, le petit Anglais, l’homme au petit dos et aux fesses en altitude! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah!

J’ai tout fait pour cacher mon malaise. Je me suis approchée. Lui aussi. Au début, je ne savais pas s’il ne me reconnaissait pas ou s’il hésitait entre venir me voir et faire semblant de ne pas m’avoir vue.

Oui, parce que rappelez-vous, aujourd’hui j’étais particulièrement moche, en mode Hulk. Décoiffée et le teint d’une couleur douteuse. Mais il m’avait bien reconnue. Qui pourrait oublier ces petits yeux à la fois méchants et parfois bienveillants que sont les miens? Personne! Il n’avait pas le choix, ce con!

Je lui ai donné un hug. Le hug qui veut dire « Ah, euh, on s’est plus jamais donné de nouvelles mais euh, sans rancune hein! ».

Il m’a demandée ce que je faisais. Je suis restée à distance. Et j’ai parlé entre mes dents.

Il n’a pas compris, alors j’ai répété que je rentrais chez moi à Brooklyn. Il n’en croyait pas ses minuscules oreilles de mytho. Eh oui! J’habitais maintenant à Brooklyn. La lune avait bien voulu de moi finalement…

Puis le métro est arrivé, je pensais que c’était l’express. Je n’aurais eu que deux stations à supporter cette situation de total malaise.

Une fois montés dans le wagon, il me tend ses écouteurs et me dit écoute. Moi, j’ai rien compris. Je lui ai dit « Ah non, ils sont pas à moi ». Il a répété « Non, écoute ».

J’enfile les écouteurs et c’est à ce moment que le conducteur du métro met un coup d’accélérateur et que je fais un demi-saut plané latéral! Demi parce que j’ai réussi à lancer mon bras gauche et rattraper la bar. J’avais l’air si con. J’étais mal. Je voulais me téléporter sous ma couette, retrouver ma bouillotte et la lumière tamisée de ma chambre. Mais non, j’étais là avec le Suppo de la Reine qui avait pris plaisir à frotter mes crusty feet il y a déjà quelques mois. J’ai finalement mis ses écouteurs, d’une qualité absolument merdique, mais la musique qui en émanait était divine…! Il écoutait « Au Suivant » de Doris! Il avait donc dit la vérité sur une seule chose, il avait bien téléchargé la mixtape de Doris! Et puis, c’est tellement une chanson que je lui aurais dédicacée! « Oh ouay, Oh ouay, Au Suivaaaaaaaaaaaant! ». Il a dit qu’il aimait beaucoup cette chanson. Je lui ai dit que ma Doris était venue à New York il n’y a pas si longtemps. Il a regardé au loin dans le vide. Ses yeux brillaient! Ah ahah salop va! Je crois qu’il a bien aimé la pochette de l’album de Doris…!

Je me suis mise dans un coin, je voulais pas être trop proche de lui. Le métro c’est bruyant et il faut parler à haute voix et et et moi, bah en fait, heu, à midi, j’avais mangé du gouda et j’avais bu du café toute l’après-midi et ma brosse à dents restée au fond de mon sac n’a jamais vu la lumière du jour en ce beau lundi. Erreur fatale. J’puais de la gueule, j’puais de la gueuuule.

Comme si c’était pas assez difficile de me positionner pour lui parler sans l’asphyxier, il me faisait tout le temps répéter et m’a demandé de me rapprocher.

Le métro s’est arrêté plus tôt que prévu. C’était en fait la ligne locale. C’était parti pour le plus long trajet de métro de ma vie.

Il m’a dit qu’il était très occupé à cause de ses compétitions de football acrobatique et qu’il était très content parce qu’il était maintenant 4ème au classement mondial. Et vraiment, j’avais envie de lui dire « Je m’en cogne! » comme dirait mon pote.

Je pense que la dernière fois où je me suis sentie aussi mal à l’aise remonte à 4 ans lors des entretiens de groupe chez Air France! Oui, tant que ça!

Il m’a demandé de lui montrer mon téléphone. J’ai cru qu’il allait me dire « T’as toujours mon numéro? , parce que la réponse serait NON! Puis, il m’a dit « Tu as toujours le même numéro? ». J’ai acquiescé (la communication corporelle avait remplacé mes cordes vocales, question de survie pour lui! Ahah). Il a dit qu’il allait m’appeler. Et j’avais encore envie de dire « Je m’en cogne » et d’ajouter « Tes fesses me dégoûtent. ».

Il est parti. Je me sentais nulle. J’avais perdu. Perdu quoi? Rien, juste un mille-milliardième de ma fierté féminine. Il ne m’avait jamais rappelée lui non plus. Alors évidemment, je me suis posée des questions, normal quoi. Et puis si ce sont mes pieds secs qui l’avaient dissuadé pourquoi il avait insisté en les touchant?

Je suis descendue à la station d’après. Je me sentais si bizarre qu’il me fallait du glucose. Je suis allée directement au supermarché et j’ai acheté du jus d’orange pressé. J’ai aussi acheté le dessert du perdant, du riz au lait. En plus, le riz au lait est tout blanc ici, en Amérique.

En passant devant le frigo vitré du rayon frais du supermarché, je me suis regardé et j’ai remarqué qu’une grosse mèche de cheveux formait un pic bien tendu sur le sommet de ma tête. Qu’avais-je donc fait pour que le karma s’occupe de mon cas avec autant de zèle?

Je suis rentrée chez moi et sur le chemin un mec qui traînait devant le corner store et qui avait une bonne dégaine de clodo m’a draguée « Hey baby, Hey Babay, smile, smile, smiiiile! ». Tout pour me redonner confiance quoi!

Est-ce que je peux perdre encore plus aujourd’hui?

Je suis enfin sous ma couette, ma bouillotte est tout près et j’écoute l’album de Doris. Oui, ce soir j’ai besoin de réconfort et la voix de ma copine en sucre est le remède idéal.

Et là tout de suite, le Suppo de la Reine vient de m’envoyer un SMS pour me dire qu’il était très content de m’avoir croisée. Il veut savoir à quelle heure je me couche ce soir et combien de colocataires j’ai. « Oh ouay, oh ouay, Au Suivaaaant ». Finalement, Mademoiselle Hulk a son petit charme même quand elle pue d’la gueule. Hum!

La morale de l’histoire c’est qu’il ne faut jamais négliger ni ses pieds ni ses dents! L’hygiène dentaire c’est important et un petit coup de maquillage n’a jamais tué personne. Même s’il peut mettre en retard, il permet parfois de sauver une journée un peu morose.

Et puis vous savez quoi? Je ne vais pas répondre à son sms. Qu’il aille voir à Ouagadougou si j’y suis. Je pensais avoir perdu en commençant cet article, mais non je crois que je n’ai ni gagné, ni même perdu.

Et puis tant pis si je ressemble à Hulk ou à une vache mal lunée parfois tant que je me sens déesse aux yeux de celui et ceux qui importent vraiment.

Pas de suite à cette histoire de Suppo britannique, pas de prochain épisode. En revanche, je n’oublie pas que je dois vous parler de tonton du bled et de ma nouvelle carrière. Ouuuh wiiii!

 

.Brooklynister

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