Tous les jours, je fais mon job à plein temps!


Je travaille dans Chelsea à Manhattan. Je vis dans Brooklyn. Tous les matins, je prends la ligne de métro A, puis la ligne F. Je suis pratiquement toujours en retard. J’ai réussi à être à l’heure les premières semaines. Mais, chassez le naturel et il revient au galop.

J’aime dormir, j’adore dormir. Le réveil de mon téléphone sonne toujours à 7h20 et je ne suis jamais debout avant 7h45. Je devrais partir de chez moi à 8h15 mais je ne dévale jamais les escaliers du brownstone où je vis avant 8h30.

Je ne traîne pas forcément les pieds lorsqu’il s’agit d’aller au travail, et ça c’est un grand pas dans ma vie. Je n’y vais pas non plus en chantant mais l’idée de passer 9h de ma journée dans un bureau devant un ordinateur ne me rend plus dépressive.

Est-ce parce que j’ai trouvé un job dans lequel je m’épanouis? Non, je ne crois pas.

Peut-être que je me rends enfin compte de l’importance d’avoir un job stable et de la bonne image que cela renvoie aux autres? Non, vraiment, ça je m’en fiche.

Suis-je reconnaissante d’avoir un salaire alors que des millions d’Américains souffent sévèrement du chômage et peinent à joindre les deux bouts à la fin du mois? Oui, ça joue un peu…

Ça va bientôt faire 2 mois que je bosse. Enfin! Après 4 mois de recherches sans relâche (psychologiquement, concrètement… beaucoup de relâchement parfois), j’ai enfin trouvé du boulot.

Je fais de la traduction et du service clients pour un site de lifestyle. Oui, rien de transcendant. Mais, je ne veux pas me plaindre. Non, je n’y arriverais même pas. Enfin, si sûrement, je suis Parisienne après tout.

Je suis bien payée, deux fois plus qu’en France et cela toutes les deux semaines. J’ai à peine le temps de me rendre compte que j’ai dépensé tout mon salaire, qu’en voilà un autre. Et, ça c’est très bien.

Les locaux sont super beaux et le quartier est génial… des magasins partout, des restos à profusion, le portier du club privé voisin qui me dit tous les matins bonjour avec un grand sourire derrière sa porte teintée, une boulangerie belge à une rue de là dont le pudding a contribué à la naissance de mes nouvelles poignées d’amour…

Les équipements de la boîte sont cool. Travailler sur MacBook Pro, avoir le droit de surfer sur Facebook et d’écouter de la musique… rend ma vie de jobbeuse plus douce.

Les baffles de l’entreprise passent également de la musique toute la journée. On a parfois eu droit à du Jay Z, Frank Ocean, Lilly Allen, Tupac, etc…entre des classiques de la musique cainri.

Les grandes baies vitrées laissent entrer le soleil sur le plateau, quand il y en a .

Chacun peut décider d’aller travailler dans le canapé de la salle de conférence sans qu’aucun responsable n’y voit d ‘inconvénient.

Voilà, je bosse pour une boîte cool de l’Internet. Je suis manager mais je n’ai pas d’équipe à manager.

J’ai ma petite routine quotidienne. Je passe au déli en bas prendre un café à la vanille dans lequel j’ajoute un peu de lait, avant de monter au bureau. Et je repars le soir, comme je suis arrivée, en silence.

Les premières semaines ont été difficiles. Arrivée en plein pic d’activité, j’ai vraiment cru que j’allais crouler sous la charge de travail. Les cainris étant pragmatiques, on m’a très vite lâchée dans le vide. J’ai dû apprendre vite. C’était flippant mais en même temps j’ai été autonome vite également.

Quant aux relations avec mes collègues, elles sont quasi nulles. Je ne sais pas si ce sont mes restes de timidité et de handicape social, si je m’en fous complètement des autres ou si c’est le contexte qui fait que je n’échange pas avec eux.

Je pencherais plus pour le contexte. Oui, dans Corporate America, il semble que les simples attentions de politesse sont à proscrire. Venez travailler et rien d’autre. J’ai été assez désorientée de voir que pratiquement personne ne disait bonjour en arrivant le matin ou au revoir en partant le soir.

Je suis devenue moi-même une vraie huître. Toujours gênée et toujours muette. Les premières semaines, je travaillais tellement que j’étais tout le temps épuisée et mes yeux n’arrivaient pas à se réhabituer au travail devant un écran d ‘ordinateur des heures durant. Alors, ils larmoyaient, tout le temps…

Un jour, lors d’une réunion hebdomadaire, j’ai pris la parole. J’étais mal à l’aise. J’avais chaud. Mes joues étaient brûlantes. En parlant, mes yeux ont commencé à s’humidifier, larmoyer et une grosse larme s’est mise à couler sur ma joue droite. Je me suis demandée pourquoi mon canal lacrymal me faisait ce coup de pute. Oui, parce que la vraiment, il n’y avait pas d’autre mot pour décrire cette trahison. Toute le monde a détourné son regard de moi. Je pense qu’ils étaient tout aussi gênés.

Je me sentais comme une gaou dans la ville. Je ne savais plus parler anglais, j’étais gauche, j’étais moche. Je prenais même plus le temps de me préparer correctement le matin. Et puis mes hormones se sont mises du côté de mon canal lacrymal et m’ont offert une belle poussée d’acné pendant des semaines. Une gaou, je vous dis.

Il a fallu qu’une Allemande soit embauchée pour que je commence à discuter avec quelqu’un. En bonnes Européennes que nous sommes, nous avons trouvé plein de sujets sur lesquels critiquer les Américains!Ça m’a fait un grand bien.

Du coup, mes collègues français me manquent très souvent… les sms d’un collègue à 3h du mat’ dans lequel il me donne le petit nom mignon de « pupute », les gros bisous le matin, les confidences dans la salle de pause, les après-midi où on mangeait du cheesecake tous ensemble, les piques-niques dans le parc à éviter les crottes de chien dans la pelouse, les fous rires, les emails groupés à mourir de rires, les sandwiches de la boulangerie du coin.. tout ça me manque.

Je crois que la France m’a donné les meilleurs amis et les meilleurs collègues que l’on puisse souhaiter.

Mais bon, j’ai décidé de laisser une chance à New York. Si New York pouvait me donner le meilleur collègue possible… genre le beau-gosse de la compta… ça serait parfait!

D’ailleurs, j’ai croisé le beau-gosse de la compta aujourd’hui. J’étais pas belle et j’avais pas mis de boucles d’oreille. Je cherchais les WC pour femmes et il a eu la gentillesse de m’indiquer la bonne porte. Il était là dans le couloir à faire je ne sais quoi. Alors, j’ai tout fait pour faire pipi en silence mais ça n’a pas marché! Quand je suis ressortie des toilettes, il était toujours là… Dommage!

.Brooklynister

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