Dans la vie, ca ne se passe jamais comme on l’avait prévu!

J’avais fait le ménage, le studio de Tonton du Bled n’avait jamais été aussi étincelant. Une énorme marmite de maffé attendait au chaud dans la cuisine. J’étais heureuse de savoir qu’il rentrait, je l’avais tant attendu et m’étais sentie seule. Nous allions mettre en pratique les mots d’amour que nous avions mis sur nos sentiments et nous étions dits tant de fois au téléphone. Nous pourrions enfin apprendre à nous connaitre, profiter de l’été ensemble. Nous irions nous balader, danser sur la pelouse de Central Parc, jouer du djembé sur les marches du browsnstone et inviter les passants et voisins du block à se joindre à nous. Je n’aurais plus à passer mes soirées seules et à dépenser des fortunes en cartes téléphoniques pour quelques mots doux et la réassurance que mon cher et tendre, à des milliers de kilomètres, ne m’oubliait pas.

Mes espoirs allaient très vite être déçus, mes plans tomber à l’eau. Aujourd’hui, je ressens comme du dégoût, un malaise en écrivant ces mots. Je ne sais pas si ce sont les mauvais souvenirs que me rappelle cette période ou bien le fait qu’ à l’instant  j’écris ces mots, je sois inconfortablement assise dans un bus me ramenant à New York depuis le Maryland depuis des heures et que le chauffeur se croie dans une partie de GTA grandeur nature.

Revenons en à Tonton du Bled. Lors de son périple africain, il m’avait promis une bague, il avait promis qu’il irait demander ma main à mon père en Afrique. Je n’avais pourtant rien demandé. À vrai dire, je n’avais jamais envisagé me marier à cet amoureux qui était encore et surtout un étranger pour moi. Mais j’avais dit “oui, okay”. Je ne sais pas trop pourquoi, certainement pour ne pas gâcher l’instant, pour ne pas le contrarier ou parce qu’au fond de moi, je savais que cela n’arriverait pas. Je n’avais d’ailleurs pas parlé de lui à ma famille, sauf à ma sœur. Je gardais notre relation secrète. Il n’était pas le gendre idéal. Il n’était pas encore une évidence. J’aborderais le sujet un peu plus tard avec mes parents, quand notre relation serait plus solide.

Pour le moment, ce n’était pas le chemin qu’elle prenait. Tonton du Bled faisait preuve de tant de froideur depuis son retour d’Afrique. Je n’arrivais pas à comprendre. J’avais devant moi un personne totalement différente. Était-il déçu en me revoyant? Il avait peut-être changé d’avis à mon sujet… J’avais pris beaucoup de poids pendant son absence. Le supermarché du quartier proposait tout le temps des promos sur le Nutella et les brownies; 2 pots pour le prix d’un, 1 boîte achetée, la 2ème gratuite, et les beefsteaks étaient étonnamment peu chers. Je comblais ma solitude et le mal du pays avec de bons petits plats tous les soirs.

Tonton du Bled avait-il lui aussi le mal du pays? Des problèmes? Ma présence chez lui le gênait-il? C’est vrai que nous avions initialement prévu que je parte dès son retour puis il m’avait dit de prendre mon temps. Tonton du Bled m’en voulait peut être encore d’avoir sympathisé avec son voisin et ennemi. J’avais d’ailleurs une grosse boule au ventre avant son arrivée. J’avais peur de rentrer un jour et de retrouver le voisin pleurant, une dent en moins et Tonton du Bled menotté par la NYPD. Il semble cependant qu’ils avaient discuté et que l’orage entre les deux s’était quelque peu dissipé. Nous vivions cependant Tonton du Bled et moi avec gros nuage gris au dessus de nos têtes. Nous étions passés si vite de deux inconnus qui dansaient pour la première fois ensemble dans la pénombre d’un club de Brooklyn, à un couple vivant une relation longue distance, puis de nouveau à deux étrangers partageant le même toit.

Pourquoi tant de froideur? J’aurais du l’interroger me direz-vous. C’est vrai, mais il existe une espèce de personnes, dont je fais partie, qui n’ont développé aucune capacité de communication, à qui l’on n’a jamais vraiment appris, qui n’ont jamais vraiment vu faire. Alors, la seule réaction que je sus avoir était, eh bien… de bouder. Jusqu’au jour où, je n’en pus plus. Je ne sais plus trop aujourd’hui ce qui a initié cette discussion houleuse mais je me souviens lui avoir demandé pourquoi il était si froid. Il m’expliqua qu’il n’avait simplement rien à dire. Je m’en étonnai, il avait été bien bavard les premières fois que nous nous étions vus, et puis au téléphone aussi. J’étais plutôt celle qui écoutait et lui celui qui parlait. D’ailleurs, je lui avais même reproché de n’avoir pas touché au bon maffé que je lui avais préparé pour célébrer son retour. Il me répondit “Je reviens d’Afrique, tu crois pas que j’en ai assez bouffé du maffé?!”.

Je commençais à prendre conscience que nous ne pourrions pas continuer de vivre ainsi longtemps. Je devais suivre mes plans et commencer mes recherches d’appartement.

Et puis est venue notre première vraie dispute, de celle dont on oublie la véritable cause mais qui laisse une trace indélébile. J’étais fâchée, il était fâché et le silence s’est confortablement installée entre nous deux. Il a élu domicile dans notre petit studio, tel un squatteur, il a juré de ne jamais partir. Je ne sais pas comment Tonton du Bled a vécu ces jours mais en ce qui me concerne, ils m’ont terriblement fait mal. Mon seul ami et seul refuge dans cette ville hostile se montrait encore plus difficile que tous les obstacles que je rencontrais. Je me sentais de nouveau seule, encore plus seule que lorsqu’il était loin, je me sentais grosse; la femme Nutella, je me sentais minable; la femme calculette (qui dit Nutella chez moi, dit boutons sur la face).

Je rentrais du travail en trainant les pieds et Tonton du Bled se tenait généralement dans les escaliers du brownstone, la guitare à la main chantonant de tristes mélodies dans sa langue maternelle. On échangeait des bonjours froids et moi, je le trouvais si tristement beau lorsque son visage affichait un air grave.

Après moultes démarches et visites d’appartements et de taudis, je déménageai enfin. À seulement trois pâtés de maison de chez Tonton du Bled. J’étais contente et optimiste; nos relations s’amélioreraient et ce déménagement allait être un nouveau départ, plus sain, pour notre relation, après 2 mois intenses et conflictuels passés ensemble dans son petit studio. Entre temps, Tonton du Bled dont les activités professionnelles avaient eu du mal à redécoller depuis son retour, chose qui avait énormément contribué à son stress et sa mauvaise humeur, allaient également s’améliorer. Il décida de se lancer dans une affaire avec l’un de ses amis d’enfance. J’étais heureuse pour lui et lui apportai même un petit apport financier qu’il devait me rembourser 4 mois plus tard.

Il est vrai que jusqu’à présent, les mots que j’ai mis sur le début de notre relation ont été assez tristes et pessimistes. Nous avons cependant passé de bons moments ensembles à déguster les bonnes salades que je nous préparais et qu’il adorait. Parfois, il se mettait derrière les fourneaux et me préparait de bonnes soupes de gombo que j’aime tant. Un nouveau voisin s’était insallé sur son pallier et nous nous moquions de lui lorsqu’il jouait les rappeurs et répétait ses morceaux dans une langue d’Afrique de l’ouest: “agomino go mandogui habliotou ewandigui”. Nous sommes même allés ensemble à la plage, en amoureux et Tonton du bled me montrait ses dons de nageurs lorsqu’il s’éloignait vite et loin de la côté, à la brasse.

J’ai donc déménagé, nos relations se sont améliorées et…. aussi vite détériorées. Gravement dérériorées à n’en plus être réparables. Je ne sais plus ce qui a causé notre interminable chute; la fois où dans une seule conversation, il m’a appelée trois fois par le prénom d’une de nos amis, où celle où j’ai découvert qu’il m’avait menti en disant qu’il appelait sa soeur à Paris et que l’historique de son téléphone affichait un numéro canadien (oui, j’ai fouillé!), ou bien la fois où nous nous sommes trouvés coincés dans mon nouveau studio avec une de mes amies qui était de passage pendant l’ouragan Sandy. Des mots tels que “Salope” et “Connard” ont été jetés d’une part et d’autre de la pièce avec mon amie au milieu ne savant ni où se mettre ni que faire. Ou est-ce le moment où j’ai dit que j’appelerais la police? La fois où je l’ai fichu à la porte? Peut-être notre course poursuite dans le quartier à 2 heures du mat’. Oui c’était terrible et je vous (m’) épargne les détails (la honte).  Mais je ne sais plus. Tout ce que je peux dire avec le recul aujourd’hui, c’est que j’avais terriblement besoin d’un partenaire sur lequel me reposer. J’avais dû me montrer forte en venant m’installer à NYC, et je n’en pouvais plus, je voulais juste me reposer sur quelqu’un sur qui je pourrais compter. Quelqu’un qui me rappellerait ma famille outre atlantique mais aussi quelqu’un qui me guérirait de mes expériences passées. Lui avait besoin d’une femme qui lui donnerait l’impression qu’il pouvait mettre un trait sur les erreurs du passé, une femme qui ne demanderait ni temps, ni attention, une femme qui serait juste là quand il en avait besoin. Mauvaise équation.

Et nous ne nous sommes plus vus ni parlés durant 3 mois. Pendant cette longue période, il me manquait. Je l’appelais en numéro caché puis n’osais pas parler ou ne voulais pas (on a toutes en nous cette petite folie, et dans nos mémoires des souvenirs de démences sentimentales! Ahahah, j’assume! No shame in my game.).

Quelques temps plus tard, nous avons repris contact. Je ne sais plus à l’initiative de qui ni comment. Tonton Du Bled avait repris du poil de la bête. Son affaire avec son ami allait bientôt ouvrir et il était content. Alors nous nous sommes dits que nous allions nous redonner une chance. Nous avons promis de mettre nos différends de côté, d’être plus patients, plus compréhensifs, plus présents, d’arrêter de se donner des noms d’oiseau, et j’en passe (des promesses, des résolutions).

Mais, il nous restait un goût amer et des séquelles. Je ne voulais plus qu’il me touche. J’étais toutefois très attachée à lui malgré ses défauts et mauvaises manières, malgré le fait qu’il avait un esprit très contradictoire qui nous menait toujours vers des débats animés qui nous menaient toujours vers des disputes déloyales. Malgré le fait que je semblais ne jamais parvenir à obtenir son attention, son affection (il ne supportait pas les marques d’affection, en public comme en privé), malgré le fait qu’il était envahissant ou même qu’il faisait ses besoins accroupi sur la cuvette des WC, oui , en équilibre, les pieds sur le bord de la cuvette!

Je dois toutefois reconnaitre qu’il prenait mes reproches en considération et que de nombreuses fois il fit preuve de bonne volonté (fleurs  à l’occasion de la Saint-Valentin, petites balades dans les quartiers mignons de Brooklyn, restos, etc.).

Nous avons fait tentative sur tentative, essuyé échec sur échec, larme après larme. Jusqu’au jour où nous avons dit stop. Nous nous détruisions, nous nous tirions vers le bas. Stop. Dernière chance. La dernière.

Je partais quelques jours plus tard pour l’Afrique à mon tour. Un voyage qui allait changer ma vie.

Le jour de mon départ, Tonton du Bled était chez moi. Je retouchais quelques photos pour lui sur Photoshop, on en profitait également pour faire une séance photos improvisée.  Puis l’heure de partir approcha et il m’a accompagnée au métro. J’ai passé les portiques et il se tenait en face, les bras croisés prêt à me dire au revoir. Et je lui ai dit, je voyage, tu me dois un bisou quand même. Il s’est exécuté, plein de bonne volonté et le sourire aux lèvres. Le métro est arrivé vite, je suis montée et les portes se sont refermées sur cette image de lui. Il se tenait derrière les portiques, immobiles, toujours souriant. Nous nous sommes dits au revoir d’un signe de la main. Et je me suis demandée, ‘Est-ce le début de notre histoire ou sa fin?”.

Mon voyage allait m’apporter la réponse, je le savais. Je m’envolais pour retrouver mes racines. Je m’envolais vers mon avenir.

.Brooklynister

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3 thoughts on “Dans la vie, ca ne se passe jamais comme on l’avait prévu!

  1. Coucou,
    tous mes passages désespérés par ici à attendre que tu postes ont payé, youpiiiiii, la suite est là, et vive la nouvelle attente de la suite lol. Te lire est un réel plaisir, merci du post, et bisouss

  2. Coucou, j’ai reçu la notif ce matin sur mon email d’un nouveau post mais le lien ne fonctionne pas, ça marque error.. ( smiley qui pleure) bisous

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