Partir Pour Mieux Revenir

Je m’envolais donc vers la terre de mes ancêtres.  Ce retour aux sources pour explorer et comprendre le passé allait se révéler être un bond en avant paradoxalment, il allait me projeter dans mon futur.

Je devais faire une courte escale à Paris et pendant les huit heures de vols qui séparaient l’aéroport de JFK et Roissy Charles De Gaulle, je pensais à Tonton Du Bled, je me demandais ce qu’il pouvait bien faire à cet instant. Malgré l’excitation du voyage, l’impatience de revoir rapidement mes amis parisiens et de fouler la terre d’Afrique quelques jours plus tard, j’avais le coeur lourd. Pour une fois que Tonton du Bled et moi nous entendions bien, il fallait que ce voyage nous sépare. Ou etait-ce le fait de savoir que nous serions loin de l’autre qui nous avait rapprochés? J’éprouvais du regret… Le regret de ne pas avoir profité de l’être cher quand l’opportunité m’en avait été donnée, les remords car on ne pourrait plus rattraper ces moments. Parallèlement, j’étais comme rassurée de savoir qu’il restait en moi des sentiments pour lui. Après toutes les disputes et les bouderies, je commençais sérieusement à en douter par moment. Mais à la question ‘Est-ce le début de notre histoire ou sa fin?”, une partie de moi voulait s’accrocher à l’espoir que nous continuerions notre chemin ensemble. Cette partie de moi était certainement celle qui se sentait seule et perdue à New York parmi des millions d’autres anonymes se débattant pour ne pas se laisser dévorer par cette ville hostile.

Enfin bon, j’avais de belles semaines devant moi qui promettaient d’être remplies d’aventures et d’émotions fortes. Il fallait profiter du moment. J’allais pouvoir me ressourcer auprès des miens. Enfin.

Je suis arrivée à Paris. Course contre la montre. Je n’avais que 3 jours pour voir le maximum de personnes en si peu de temps. Comme à chaque fois, revoir ma mère me rechauffait le coeur et me rappelait que quelque part…… un petit paradis existait pour moi et que quoi qu’il m’arrive je pourrais toujours rentrer m’y refugier. Je la trouvais plus belle à chacune de mes visites. Je me demandais ce que sa pudeur ne laissait jamais entrevoir; approuvait-elle mon éloignement? Voulait-elle que je rentre? Se doutait-elle que l’ami qui m’avait hébergée était plus qu’un simple ami? Je ne lui avais jamais dit qui Tonton Du Bled était vraiment pour moi.

Et puis j’ai revu mes amis, les plus fidèles, de ceux qui vous remontent le moral par leur simple présence et chez qui vous faites le plein de rires. J’ai même revu d’anciennes conquêtes, en tout bien tout honneur. Pourquoi en avais-je ressenti l’envie? Aucune idée. Peut-être en souvenir d’une époque où j’avais la côte. Tonton Du Bled avait comme confisqué mon sex-appeal. D’ailleurs, en juste quelques jours, il était de plus en plus absent de mes pensées. Comme tout séjour à Paris, celui-ci avait son lot de stress mais j’étais bien, j’étais moi. De nouveau.

Quelques jours plus tard, il me fallait retourner à l’aéroport de Roissy Charles De Gaulle. Je prenais mon vol direction un pays d’Afrique de l’Ouest où j’allais revoir mon père après des années de séparation. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais l’émotive que je suis savais que le moment de mon arrivée serait émotionnellement intense. Sept autres heures de vol, dans ma tête les pensées se bousculaient, entre souvenirs d’enfance, espoirs pour le futur proche, Tonton Du Bled, mon nouveau petit studio à Brooklyn, les moments passés à Paname, les millions de photos que je comptais bien prendre pendant mon séjour et puis mon père.

Mon vol arrivait tard et lorsque l’appareil atterrit, l’émotion me submergea, l’air chaud et humide aussi. Je récupérai mes bagages le plus vite possible pour ensuite me diriger vers la sortie. À peine avais-je franchi la grande porte vitrée que j’aperçus derrière une foule de personnes qui attendait d’autres voyageurs, un visage si familier et pourtant si différent. Mon père avait vieilli. Dans mes souvenirs, il était géant et avait un sourire ravageur. Le sourire était toujours le même mais la carrure moins impréssionnante.

J’ai passé deux semaines en Afrique dans la maison de mon père, dans un village à 40 minutes de la capitale non relié à l’électricté ni à l’eau courante. Mon père avait quitté l’Europe plusieurs années auparavant, lassé de la vie occidentale. Je constatais alors qu’il était vraiment allé jusqu’au bout de son idée. Et sincèrement, ce mode de vie très simple et épuré ne me gênais pas le moins du monde. C’était tellement reposant. Il faut tout de même avouer que la vie au village a aussi ses inconvénients… enfin, c’était surtout dans ma tête que ça se passait.

Mon père, qui n’a peur de rien, absolument rien, et qui pensait que j’avais héritée de ce trait de caractère avait décidé que je dormirais seule dans la maison d’invités. Une grande maison de 3 chambres, avec deux couloirs sombres en forme de T et séparés par une porte fermée à clé. Je vous ai dit qu’il n’y avait pas d’électricté? C’est pas totalement exact, mon père avait installé un générateur super bruyant et qu’il faisait tourner 2 ou 3 heures après la tombée de la nuit et jusqu’aux alentours de minuit, après que nous ayons dîné et discuté autour d’un digestif. Il attendait que je traverse la grande cour sombre avec une lanterne solaire à ampoules LED à la main pour rejoindre la maison d’invités et me laissait une dizaine de minutes pour me préparer à aller au lit, puis le grognement du générateur s’essouflait. Nuit Noire. Pour ceux qui ne sont jamais allés dans des coins un peu reculés de l’Afrique, il faut savoir que la nuit y est… très noire. Si noire que je me demandais parfois si la lune elle aussi voulait enfoncer l’Afrique dans les ténèbres en lui faisant faux bond. Si noire que les étoiles brillent plus fort que nulle part ailleurs. Si noire que ça en devient flippant. Voilà, je vous explique, j’ai été élevée aux histoires de “dodo”, “mami wata” et autres légendes terrifiantes de l’Afrique. Et pas que ça… vous souvenez-vous de l’émission de télévision “Mystères” diffusée dans les années 90? Mon frère prenait un malin plaisir à fredonner la musique du générique pour me terroriser la nuit quand nous étions petits. Ces traumatismes ont fait de moi une adulte qui a peur du noir. Autant dire que la nuit noire du village m’effrayait, plongée dans mes draps et une fois le générateur de mon père éteint, je trouvais du réconfort dans la lanterne que je pouvais recharger grâce à une manivelle incorporée et puis mon portable… oui, mon portable, je n’oubliais jamais de le recharger pendant nos quelques heures d’électricité. La nuit venue, j’écoutais la radio locale. Il me fallait une présence, humaine. Je restais généralement éveillée ou dans un demi sommeil jusqu’à l’aube. Je me demandais à quoi pouvaient ressembler les deux autres chambres dans le fond de l’autre couloir. Je n’avais pas osé ouvrir la porte fermée à clé et visiter la deuxième partie de la maison d’invités.

Un soir, alors que je tentais de m’endormir, j’entendis au loin des sons de tam-tam; rien à voir avec le son du djembé de Tonton du Bled. Pourquoi bon des personnes, oui parce qu’il n’y en avait pas qu’un de tam-tam, pourquoi bon jouaient-elles des percussions en pleine nuit, au village? Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit… et puis ma vessie a voulu me rappeler son existence et me faire regretter toute l’eau que j’avais bue au dîner. Ce n’était vraiment pas le bon moment. Une fois sous les draps, je ne voulais plus en bouger. J’avais même trop peur de me rendre dans la salle de bain juste en face de ma chambre. J’ai attendu immobile, longtemps, mais rien n’à faire, la nature s’est montrée de plus en plus pressante. La peur ou la vessie, laquelle aurait raison de l’autre? J’ai regardé autour de moi, il devait bien y avoir une alternative. Pas de petit pot, pas de bouteille. J’étais désemparée. Les jambes serrées, il fallait maintenant danser pour éviter les dégâts. Et puis, eurêka, j’ai trouvé un sachet vide dans ma valise. Soulagée et le sachet fermement noué et posé à même le sol, je me suis recouchée avec l’intention de me débarrasser de mon forfait le lendemain. C’est un sachet tout plat et un tapis trempé que j’ai trouvés à mon réveil… Moi qui pensais avoir été plus maligne que la peur et la nature. Ainsi allait ma vie au village, entre émerveillement et adaptation.

Quand l’obscurité faisait place au jour, je passais des moments tellement forts et agréables. Mon père était très présent et me couvrait d’attentions. Attention masculine qui m’avait manquée toutes ces années. Un jour, il m’a rejoint dans la maison d’invités et puis il a demandé au détour d’une conversation “une jeune femme comme toi, qui ne manque pas de charme et de qualités, doit bien être courtisée, non, je me trompe?”. Je ne m’attendais pas à cette question et je ne savais pas quoi dire. Allais-je lui parler de Tonton Du Bled? Je n’étais pas particulièrement fière ni heureuse de ma relation avec lui. Seules mes amies les plus proches en connaissaient les détails. J’ai donc raconté à mon père, du bout des lèvres, à mi-mots, que je fréquentais quelqu’un qui était plutôt un ami, que nous étions à une période de nos vies qui ne nous permettaient pas d’être ensemble, que malgré tout c’était quelqu’un de très bien. Je ne savais pas si mes réponses reflétaient vraiment le fond de mes pensées ou si j’avais simplement essayé de gagner du temps et évité de m’attarder sur les détails les plus importants.

Puis le séjour est arrivé à sa fin. Il fallait rentrer et c’était un déchirement. Pendant deux semaines je m’étais sentie aimée, protégée par le premier homme de ma vie. L’Afrique m’avait également rappelé que j’étais chez moi et que c’est en elle aue je puise mon essence. Les brownstones de Brooklyn, les gratte-ciels de New York, les délicieux burgers de ShakeShack et les décadents doughnuts dont je rafolais me paraissaient bien ennuyeux en comparaison avec ma belle, puissante et mystérieuse Afrique.

Je repris un avion en direction de Paris où je restai très brèvement avant de reprendre un autre avion pour New York cette fois. J’atterris le soir. Tonton Du Bled n’était pas venu m’attendre à l’aéroport et je n’en attendais pas plus de lui. Je rentrais lasse. Les bon sentiments d’avant mon départ n’étaient pas au rendez-vous non plus. C’était certainement l’éloignement, la tristesse de quitter mes proches et la fatigue du voyage les coupables. J’appelai Tonton du Bled qui avait gardé les clés de mon studio en mon absence. Il habitait à quelques pâtés de maison alors nous nous sommes retrouvés à mi-chemin en direction du brownstone où j’avais élu domicile quelques mois plus tôt. Ca me faisait un peu plaisir de le revoir, mais j’étais crevée. J’avais trimballée ma grosse valise remplie de souvenirs d’Afrique et de Paris. Il prit la poignée de celle-ci pour m’aider et puis me posa quelques questions sur mon séjour. Des retrouvailles assez timides mais amicales. Je le trouvais charmant mais plus frêle que dans mes souvenirs, pourtant je n’étais pas partie longtemps. Nous sommes montés à l’étage de mon studio. Je ne me souviens plus si nous avons passé la soirée ensemble. Je travaillais le lendemain.

Quelques jours plus tard, j’écrivais à une amie proche à Paris pour lui donner des nouvelles et je finissais mon email par “C’est officiel, j’en ai marre de New York”.

.Brooklynister

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